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L’offensive russe en Ukraine et la résurrection de l’Otan

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Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie (le 24 février), l’OTAN redevient la pierre angulaire de l’structure de sécurité en Europe. L’Alliance atlantique retrouve un sens et une mission, protéger ses frontières.

Déclarée en état de mort cérébrale en 2019 par Emmanuel Macron alors en froid avec la Turquie, conspuée par Donald Trump qui reprochait le manque d’investissement financier des Européens, affaiblie même, après le départ précipité de Kaboul cet été, l’Alliance atlantique est pourtant de retour.

L’invasion de l’Ukraine a permis de souder les membres de l’Otan comme jamais, souligne Amélie Zima de l’Institut de recherche stratégique à l’école militaire : « Le bloc occidental pouvait sembler un peu désuni suite au retrait non concerté de l’Afghanistan. Et en fait le bloc est de nouveau complétement cohérent, unifié et solidaire. Ce que les actions du président Russe ont fait, c’est de recentrer d’une certaine façon l’Alliance sur son cœur de métier, c’est-à-dire pas des missions hors-zone, pas des missions hors du territoire de l’Atlantique Nord, mais justement des missions qui portent sur la dissuasion, sur la défense territoriale, sur la défense des États membres de l’Otan. »

Une montée en puissance graduelle

Face à l’intervention militaire russe en Ukraine, l’Otan montre les muscle mass. Les Alliés ont décidé de renforcer leur présence militaire sur le flanc Est de l’Europe. Et surtout, l’Alliance Atlantique a déclenché son plan rouge. La « pressure à très haut niveau de réactivité » de l’Otan, dont la France a pris le commandement en début d’année, a été mise en alerte et ce n’est pas commun, indique Elie Tenenbaum directeur de recherche à l’Institut français des Relations Internationales : « Suite à la montée des tensions, puis à la nouvelle agression russe, majeure, le 24 février, on a à nouveau vu cette présence se renforcer, avec notamment l’activation de la Drive de réaction de l’Otan, La Nato Response Drive, pour la première fois de son histoire. Elle avait été créée au début des années 2000. Il s’agit d’un corps de réaction rapide d’environ 40 000 hommes, l’ensemble n’a pas été déployé, mais une partie a été prélevée, on a parlé par exemple des 8 000 militaires américains arrivés en Pologne, des 500 soldats français en Roumanie et qui font partie de cette pressure de réaction de l’Otan. »

La Suède et la Finlande réétudient la query

Joe Biden, le 24 février 2022 : « Nous défendrons le moindre pouce de territoire de nos alliées de l’Otan à l’Est ». Une telle déclaration pourrait-elle inciter d’autres pays à rejoindre l’Alliance ? Et l’on reparle de l’adhésion de la Finlande et de la Suède. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, ces deux nations débattent de leur neutralité. Stockholm et Helsinki ont annoncé que jamais la Russie ne les empêcherait de rejoindre l’Otan. En Europe, les lignes bougent, pointe Amélie Zima : « Avant l’invasion de l’Ukraine, les populations des deux pays n’étaient pas majoritairement favorables à l’adhésion à l’Otan, mais les plus récentes enquêtes d’opinion montrent qu’environ la moitié des Suédois et des Finlandais – 49 et 51% – seraient désormais en faveur de l’adhésion. Donc on voit que les actions de la Russie rendent l’Otan plus enticing et plus légitime aux yeux de ses partenaires. Pour l’immediate, il n’y a pas de décision officielle, il y a des débats qui sont en cours dans les deux pays, ces deux nations sont favorables à la politique de la porte ouverte de l’Otan. Finlandais et Suédois estiment que n’importe quel État a le droit de candidater à l’Otan et que la décision doit être prise uniquement entre le pays candidat et l’Alliance. Ils rejettent les vétos de pays tiers comme celui de la Russie par exemple. »

Vers une nouvelle stratégie

À l’étude depuis deux ans, le idea stratégique de l’Otan sera soumis au sommet de Madrid en juin prochain et pourrait se traduire par plus d’Otan, estime Elie Tenenbaum, « Plusieurs choses sont sur la desk, notamment le renforcement de la place de la défense collective. Il y a aussi d’autres éléments comme l’ensemble de la conflictualité dite hybride, les champs du cyber, de la guerre de l’info, mais également de l’espace. Et le dernier sujet, c’est bien évidement la Chine, la montée en puissance de la Chine et ses répercussions sur la sécurité, y compris en Europe même et dans l’Atlantique Nord. Ce sujet devrait être évoqué dans le Conseil stratégique, sous une forme qui reste encore à définir. La menace russe redonne une vigueur particulière à l’Otan, ça ne fait aucun doute. »

À la lumière de la guerre en Ukraine, la boussole stratégique de l’Union européenne doit également être adoptée d’ici à la fin du mois. Ces deux revues stratégiques permettront de mesurer l’ampleur des transformations en cours dans la sécurisation de l’Europe.

L'intégralité de notre suivi quotidien et en direct de la guerre en Ukraine.
L’intégralité de notre suivi quotidien et en direct de la guerre en Ukraine. © Studio graphique FMM

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